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jeudi 12 avril 2018

LES FRÈRES DE LA NUIT : PREMIÈRES PAGES


   


Les frères de la nuit

                         ( suite de Hier, la Terre )



Daniel MATHIEU
                                        






QUATRIÈME DE COUVERTURE


Chris Callard, astronaute dépité, après avoir laissé errer son vaisseau en zone inconnue, découvre une planète bleue. Il s’y pose, trouve un monde à la fois familier et étrange, se lie d’amitié avec Grattedevant, géant seigneur de la bastide de Bramadisse.
Pour « soigner » ce dernier ils vont se lancer dans une odyssée étonnante, accompagnés par un mystérieux et sympathique troisième homme, le Chemineur.
A leur retour, dix-huit mois plus tard, Grattedevant retrouve sa jeune femme, Callistéïa, et Chris se marie avec Ermeline -surnom L’Alouette- qu’il a tirée des griffes de trois brutes à la fin de leur périple.
Comme beaucoup d’humains, Chris et Grattedevant s’imaginent que le moment du repos est venu. Profonde erreur…









                                                        







Résumé du tome I, Hier, la Terre.

Christian Callard, 29 ans, dit Chris, Chryscalame ou Chrys, plutôt bien de sa personne quoique de volume modeste, est un astronaute chargé d’explorations lointaines. Après deux ans de vol solitaire, il arrive aux confins de sa zone de recherche et décide de ne pas revenir sur Terre.
Il laisse le vaisseau en pilotage automatique et part faire une sieste. Quand il se réveille, il découvre une planète avec mers et continent. Il décide de s’y poser.
          Rien de ce qu’il va trouver ne correspond à ce qu’il a pu lire ou étudier à la Space University : l’étrangeté  au milieu de ce qui paraît familier, l’amitié et l’amour dans un peuple qui lui est étranger, la violence dans les paysages paisibles…
Autres personnages.
Guillaume de Grattevent, dit Grattedevant, 31 ans, seigneur de Bramadisse, géant à la belle barbe sombre (plus de huit pieds pour 310 livres), devenu le meilleur ami de Chris.
Callistéïa, Callisté pour les intimes, 27 ans, femme de Grattedevant, grande, blonde et intelligente.
Ermeline, dite l’Alouette, 20 ans, montagnarde ardente et courageuse que Chris a sauvée, puis épousée. Belle brune.
Le Chemineur, 44 ans, né dans les montagnes, le plus grand voyageur de la planète. Aussi mystérieux que sympathique, il est l’ami de Chris et Grattedevant.
Polybios, dit l’Érémitique, qui vit dans une grotte protégée des curieux par des éboulis. Sa science des hommes et des plantes paraît sans limites. Il est en contact permanent avec Evester, le pythomante, qui guérit les maladies du corps et de l’esprit par le rêve.
Muss, le gerbinion, animal entre la grosse souris et le petit marsupial, attaché à Chris depuis que celui-ci l’a sauvé sur le plateau des Alizés.
Dans le château de Bramadisse vivent aussi :
Mange-Briques, le besticâtre, qui s’occupe surtout des chevaux.
Triquemenu, le veneur, et sa femme Lise. Il travaille souvent avec Mange-Briques.
Priape, le cuisinier, maître-queux,  et sa femme Marceline.
Sucebiou, le régisseur, et sa femme.
Coccinelle, serviteur et homme à tout faire.

Deux personnages incontournables :
Euthée, c’est-à-dire Dieu (autre nom Antinéos)
Bésébutte, à savoir le Diable (prononciation déformée de Belzébuth)

La planète : son nom courant est Kirthessème ; les plus savants l’appellent Théophanie.







CHAPITRE I


            - Tu sais, Guillaume, tu es une improbabilité vivante…       
            Grattedevant tourna la tête et observa Chris.
-Comment l’entends-tu ?
-Étant donné ton volume et ta densité de gigantopithèque, tes os devraient se briser régulièrement. Tu devrais être voûté, bancal, avec une voix d’âne qui braie sa misère.
-Ventre de biche, je me vois au regret d’être en si bonne santé ! Mais, toi-même, comment fais-tu pour t’accommoder d’une si modeste constitution ?
-Comme tout un chacun : j’ajuste mes pensées à ma taille et je considère le monde comme parfait du moment qu’il est à la hauteur de mes yeux !
-Chris, tu es surtout le plus impertinent philosophe que je connaisse.
-Philosophe insoupçonné, Guillaume ! Avant de méditer sur ta carcasse, je pensais à ma planète natale, quelque part si loin… ça valait le coup de faire tout ce chemin pour trouver amitié et amour. A ce propos, où sont les friandises de notre existence : Ermeline, ma perle,  et ton incomparable Callisté ?
-Parties herboriser, sur deux chevaux à cul de percheron !
-Bon, c’est mieux que de repriser des chaussettes… Mais revenons à l’affaire qui nous tient : à quoi te sert toute cette masse qui écrase tes genoux et tes pieds ? Regarde-moi… Je suis vif à courir après une balle, peu encombrant, un maximum de cerveau dans un corps qui se loge partout aisément… 
-Oui, sauf que pour porter pendant des mois un sac de dos plus lourd que toi il n’y avait que Grattedevant, messire le moineau !
-Sac de dos… Sais-tu que je pense souvent au Chemineur ?  J’aimerais qu’il soit là pour nous donner des nouvelles de ce monde, pour que nous nous chauffions à son étrange chaleur. Est-ce qu’il va apparaître d’un coup, secouer la poussière de ses habits et se mettre à nous parler comme si nous nous étions quittés hier, alors que voilà presque un an qu’il nous a abandonnés pour le mont Théoros ¤ ?
-Il viendra pour la naissance de mon premier enfant…
-Tiens ! Voilà une autre supériorité des gens de dimension modeste : leur appareil de reproduction -qui n’est pas à proportion, comme tu le sais- est bien plus efficace.
-Par les mille pustules de Bésébutte, messire Callard, d’où tiens-tu cette belle leçon ?
-A arbrisseau, bonne sève : je suis certain d’avoir fécondé Ermeline à la première escarmouche et si son ventre n’est pas encore arrondi, ça ne saurait tarder…
-Que nenni, mon bedon ! Arbre vigoureux donne jolis fruits. Tu seras toujours en train d’attendre la piqûre de moustique qui arrondira l’Alouette que Callistéïa s’épanouira en un embonpoint natifère.
-Ouais, pour accoucher d’une grande bringue blonde ou d’un futur monstre de trois cent vingt livres !
-C’est toujours mieux que de pondre un vilain petit pruneau qui, digne fils de son père Chris, braillera comme un usurier auquel on demande une remise de dette !
Ils se turent, ravis de cet assaut. Chris rompit le premier le silence.
-Tu vois, Guillaume, ce qu’il y a de bien dans l’amitié c’est qu’elle seule permet de se dire ce genre de délicatesses. Mais sois réaliste : la progéniture Callard aura la sagacité de son papa et l’œil vif et charmant de sa maman.
          Grattedevant marmonna.
-Hmmm… Ma Callisté, ma tendre pucette, mon beignet d’amour… Il n’y a jamais assez d’heures dans une journée pour que je puisse te picorer tout mon soûl !
L’un comme l’autre confit d’attendrissement à la pensée des jeunes femmes et silencieux, ils se dorèrent la carcasse au soleil de printemps, un livre en main, carrés dans les deux fauteuils qu’ils avaient traînés jusqu’à la terrasse du château. Muss, le gerbinion, était lové sur le ventre de son maître.
            Entre eux, une table rognon où les attendait une infusion de boutons de bigaradier, la boisson du bonheur qui accompagne les digestions, réprime les gaz intempestifs –les tempestifs, ou tempestueux, étant ramenés à la discrétion- et guérit la pécole*.
            Ils sirotèrent et lurent une petite heure, puis partirent chasser à l’arc.

 *Comme dit l’expression « la pécole… la peau du cul qui se décolle ».

*

A près de deux heures de cheval de Bramadisse, Ermeline et Callistéïa exploraient des broussailles. Déjà, les fontes de leurs chevaux débordaient de  végétaux et elles s’apprêtaient à partir quand Callistéïa remarqua un éclat fugitif dans un buisson.
Elle se précipita et, à quatre pattes, découvrit une sorte d’arbuste nain aux feuilles d’un vert laiteux, chargé de fruits orange qui brillaient comme des bijoux, de la taille et de la forme du plus petit piment.
Elle tendit ses doigts vers une de ces gousses lumineuses et la retira aussitôt sous le feu d’une piqûre.
Elle examina alors la plante, sans apercevoir d’épines ni de griffes, puis souleva les feuilles avec une branchette. Pas trace d’insecte, mais dès qu’elle approcha le bout de bois, des dards jaillirent de la tige.
-Ermeline, viens voir cela !
L’Alouette arriva. Dès que son amie approchait le bâtonnet, les aiguilles apparaissaient. Dès qu’elle l’éloignait, les pointes se rétractaient. L’Alouette n’en revenait pas.
-C’est la première fois que je vois une telle diablerie.
-Je vais la déterrer, sans me faire piquer, et la mettre dans un sac de jute ciré. Cet arbuste va être le trésor de notre plantarium.
Callistéïa examina sa main.
-Je n’ai même pas saigné, et je ne vois qu’un trou minuscule dans mon index.
L’Alouette inspecta le doigt à son tour.
-En tout cas, très défensif… Nous l’appellerons la plante-hérisson !
Une fois l’arbuste serré dans une fonte, elles piquèrent vers l’ouest, surexcitées à l’idée de replanter ce joyau végétal dans leur jardin-herbier, cet espace d’acclimatation que, malgré les sarcasmes de leurs hommes, elles cultivaient de main de maître. Et qui leur permettait toutes sortes d’observations et d’expériences.
Le soleil commençait à décliner quand elles purent arroser leur protégé aux fruits étincelants.
Elles étaient ravies, ignorantes du drame qui les menaçait.

*

Le lendemain matin Callistéïa dormit tard. Elle somnola une heure à l’après-diner et se coucha, le soir, la dernière bouchée avalée.
Le jour suivant, Grattedevant pensa ne pas arriver à la tirer du lit ; elle finit par descendre, pâteuse, pour le repas de midi et remonta dans sa chambre pour une longue sieste. Tous les gens du château commencèrent à s’inquiéter, d’autant que dans la soirée elle grignota à la hâte avant de disparaître vers l’étage supérieur et de se recoucher.
Le surlendemain Chris et l’Alouette furent arrachés au sommeil par la tambourinade de Grattedevant qui, tout en frappant leur porte, criait :
-Chris, Chris, viens vite ! Elle ne se réveille plus.

 ¤ Ce signe signifie : voir le tome I, Hier, la Terre.



Pour ceux que cette première lecture intrigue, vous pouvez me contacter à l'adresse mail danielmathieu8315@gmail.com ; les téméraires peuvent m'envoyer un chèque de 15 euros à l'adresse postale suivante :

 Daniel MATHIEU 
 La mandragore
 429, rue Gasquet
 83220 Le Pradet

mercredi 4 avril 2018

CONJUGAL EXTRA OU EXTRA-CONJUGAL

    Je préfère passer pour un père la pudeur, un prude sexagénaire, que cautionner un mode de comportement qui allie le cynisme à la vénalité. Certaines de mes connaissances s'étonneront : quoi, toi, au verbe gaillard et à la langue verte, toi, amateur de littérature libertine (du 18ème siècle principalement), de plastique féminine et de déduit amoureux, tu voudrais t'ériger en censeur des légèretés d'autrui ?
    Comprenez moi bien, je ne renie pas mes gentilles débauches, ni ma gynéphilie compulsive et encore moins mes fantasmes coquins, mais j'ai du mal à digérer deux pilules en matière d'érotiquerie : primo, le faux-culisme, la tartufferie, vous savez... bigot par devant et forniqueur par derrière (le moindre jeu de mots serait involontaire) ; secundo, toute forme de tromperie sur les sentiments.
    A ce stade de mon article vous pouvez légitimement vous demander où je veux en venir, et quelle est la cause de mon ire : en fait, tout à commencé par la vision, dans le métro, d'un affiche XXXL vantant les services d'un officine qui se targue d'organiser vos rencontres extra-conjugales. En fait, elle incitait le quidam -mâle ou femelle- à aller butiner d'autres calices que domestiques : que cela existe ne me hérisse pas les poils du dos et que cela se pratique, guère plus. C'est plutôt l'invitation à le faire sur le mode d'un innocent divertissement qui me turlupine. Beaucoup d'entre nous ont juré devant le maire et (ou) le curé fidélité à leur conjoint(e) : à moins de considérer que le respect d'une parole donnée ne vaut pas tripette, il est difficile de considérer l'incitation affichée à la tromperie comme un progrès de la civilisation ou un simple raffinement culturel.
    Je ne jetterai pas la première pierre à celui qui n'a pas su rester de marbre devant la tentation du fruit vicinal -nul n'est à l'abri- mais ça me défrise qu'on m'y pousse, qui plus est pour des raisons bassement commerciales. De là à nous laisser entendre que la fidélité dans le couple est démodée... Et la confiance, alors ?
    Par les testicules de Bélzébuth, que la chaude lance me titille si je n'abhorre les pisse-froid, les trique-menu et les coincés du radada, toutefois, ce n'est pas une raison pour oublier le sentiment et la dignité, verge de bouc* !


* Les lecteurs de mes romans auront reconnu l'un des jurons préférés de Grattedevant.

mercredi 21 mars 2018

TYRANNOSAURUS REX

    Jésumarijosef, mais quelle est donc cette maladie qui foudroie les chefs d'état ? Quel potion violente les déforme, de docteur Jekyll, brave démocrate, en Mr Hyde, hideux dictateur ?
    Ce mal atteint-il tout homme propulsé à ce poste ? Moi-même si, d'aventure, je me fusse retrouvé dans la peau d'un président, me serais-je mué en tyran qui se proclame chef à vie et consacre le plus gros de ses efforts à éliminer ses opposants ?
    Voilà l'abîme de perplexité dans lequel je me suis plongé tout en préparant des tentacules d'encornets à la provençale (ne cherchez pas le rapport). J'ai déjà consacré un article à notre sympathique Poutine [Race Poutine], cet humoriste primesautier -au huitième degré, mais je vais devoir me pencher sur ce cher Xi Jinping dont je subodore que, dans le privé, il est un roi de la déconnade.
    S'ils n'éprouvaient une détestation invétérée des autres, tous les dictateurs du monde pourraient créer une association des malades de la phlébite autocratique : ils pourraient se rencontrer pour discuter, en la présence d'un psy paterne, de leurs enfances malheureuses, de l'injustice du monde et de son incompréhension pour leur moi délicat.
    Imaginons les Kagame, Loukachenko, Omar el-Bechir, Karimov et autres Bachar el-Assad ou Kim jong-un, assis en cercle et s'épanchant sur leurs vicissitudes, ou leur "vice attitude"...
    J'accorderai une mention spéciale au maître du Turkménistan, dont le nom est déjà une séance de torture (Gurbanguly Berdimuamedow), qui fut dentiste dans une première vie ; à cause de lui, et depuis un certain temps, je regarde ma dentiste d'un autre oeil -ce qui serait plus convenant à l'égard de mon ophtalmo- et n'entends sa roulette qu'avec une certaine inquiétude, envahi par des réminiscences de la fameuse scène de Brazil.
    Ne doutons pas que, même dans nos démocraties, quelques petits napoléons nationaux caressent du bout des rêves l'idée d'un présidence à vie...
    A ceux que cela pourrait dérider je signale que le mot poutine à Nice désigne une friture d'alevins ; de là à dire que le chef des Russes à une tête de morue, c'est un pas que je ne franchirai pas.
    Sur ce, je prends mon morey et je me casse. DMOS

vendredi 16 mars 2018

ENNUI MONDIALISÉ

   En regardant le film Taxi Téhéran, tourné en totalité de l'intérieur d'une voiture,  j'ai pu vérifier à quel point les villes modernes se ressemblent. Le bâtiments iraniens sont les clones des bâtiments de Puteaux ! Si l'on excepte les centres anciens et quelques réussites contemporaines (en général des commandes publiques à de grands architectes) le tout-venant de nos cités est à pleurer de banalité.
    On en viendrait presque à envier le voyageur du 19ème siècle qui pouvait à coup sûr identifier, sur une photo, un lieu à ses constructions : ici Istanbul, là Pékin, Téhéran, Cologne. Encore un demi-siècle et les urbanistes auront laminé la diversité.
    Terrorisée par l'idée de n'être pas "moderne" l'architecture à totalement évacué les notions de pittoresque, de fantaisie. La pire insulte serait l'adjectif décoratif ! Au nom de cet hygiénisme, on reproduit à l'infini les formes massives et anguleuses héritées du Bauhaus, dans lesquelles l'imagination est plus une affaire de technologie que de poésie.
    En vertu de cette architecture répétitive, pire que tous les académismes, nous pourrons, de plus en plus, arpenter le monde et retrouver partout les mêmes immeubles, les mêmes aménagements. Dans la perspective d'un insondable ennui, nous cesserons de voyager et nous battrons comme des chiffonniers pour acquérir, dans les communes épargnées, les anciennes demeures d'humbles gens ; tous les lieux où des matériaux primitifs, des irrégularités dans les finitions ou des originalités d'aménagement, rendent le séjour délicieux.
   Quoiqu'en eût dit Le Corbusier, le béton est une matière triste. On sait aujourd'hui qu'il est très énergivore et dévorateur de ressources qui s'épuisent, le sable en particulier.
    Alors, prions pour que les immeubles en bois qui s'édifient ici et là fassent leurs preuves. Par exemple la tour Hypérion de Jean-Paul Viguier, à Bordeaux.

dimanche 11 mars 2018

DE L'AMOUR CORDONNIER

    J'ai un avantage sur les philosophes, c'est que je peux écrire des conneries sans culpabiliser. C'est pourquoi vous n'allez pas échapper à ma pensée dominicale, si vous avez eu l'imprudence d'ouvrir ce blog.

    Le bon couple c'est comme une paire de chaussures : deux sujets presque identiques quoique différents dans la forme. Pour l'un la concavité à droite, pour l'autre à gauche. Si on les inverse il devient impossible de marcher. A moins d'une maladresse, elles s'usent à la même vitesse ; si l'une des deux veut s'apparier avec une autre godasse, ça fait mal aux pieds, parfois même mal aux seins !
    Comme dit le proverbe, on trouve toujours "chaussure à son pied" qu'on soit escarpin de Louboutin ou savate de souillon. Le couple est souvent la meilleure façon de marcher sur le chemin de l'existence ; avancer seul c'est aller à cloche-pied, même s'il y a des sandales solitaires qui vont gentiment leur train.
    Et puis, si vous vivez avec la pompe qui vous correspond vous êtes assurés de prendre votre pied...

jeudi 8 mars 2018

LUDONYME

    Ce matin, instruit radiophoniquement de la journée des droits de la Femme, j'ai manifesté ma solidarité avec la gent charmante en passant l'aspirateur. Ce midi j'ai fait la vaisselle. Ce soir, rien ne s'oppose au sexe avec le sexe opposé...

    Crâne, carne, rance, nacre, caner, narce, voire écran : c'est fou ce que l'on peut faire avec cinq lettres ! La langue française est un trésor inépuisable où il n'y a qu'à puiser les jeux de mots. Par exemple, le hareng gai, poisson qui n'a plus ni oeufs, ni laitance ; quand on connaît les sens du mot hareng en argot... Et ne parlons pas de hareng gay !
    Autre merveille : à Péronne vivent les Péronnais. Un footballeur aussi violemment taclé que blessé nous permettrait ce ludonyme : à la sortie de l'hôpital, on a adressé une facture au Péronnais pour sa fracture au péroné !
    Certes, tout cela est affligeant, mais moins que la tête de Trump à la télévision, l'homme qui a le mérite de déboulonner le mythe du superhéros entrepreneurial. Comme président, je préfèrerais un vrai comique, comme l'acteur Beppe Grillo ou, encore mieux, un écrivain comme Vaclav Havel.
   

    

lundi 5 mars 2018

VOUS BOIREZ BIEN UN P'TIT COUP ?

     J'ai ma littérature à moi, et ma façon de classer les auteurs : dans ma bibliothèque-cave, les livres sont autant de bouteilles et ouvrir un bouquin c'est comme déboucher un vin.
    Il y a les écrivains champagne : c'est léger, souple et pétillant. Une flûte de Cocteau ou de d'Ormesson, ça ne se refuse pas !
    Il y a les écrivains bons crus de terroir : une belle fiasque de Vincenot ou de Pourrat, aux saveurs boisées, vous met sur la langue le souvenir des lieux sauvages.
    Il y a les écrivains AOC : on sait ce qu'on boit. Cela a de la cuisse et du bouquet, jamais en perte de qualité. Ne pas se refuser un godet de Marcel Aymé, de Colette ou de Modiano.
    Il y a les écrivains piquettes : on voit un échantillon qui traîne, on le débouche et toc ! Dévastation du palais, destop dans la tuyauterie intime. On ne cherche même pas à lire le nom sur l'étiquette...
    Il y a les écrivains Kiravi* : c'est du pinard sous plastique, ça désoiffe sur le coup mais ça manque de caractère. On en boit toujours trop, mais on y revient : pour les uns c'est du Harlequin, pour d'autres du Série noire, etc.
    Il y a les écrivains vieux cognac (armagnac ou calva, je ne suis pas sexiste) : ça tient longtemps en bouche avec des parfums de violettes et de fruits buissonniers. Impossible de se lasser de déguster un ballon de Montaigne, de Diderot, de Flaubert, de Hesse ou de Camus.
    En ce qui concerne les vins trop jeunes, laissons-les mûrir en cave. Le temps fera son oeuvre.

* Ou Margnat Village, si vous préférez, et toute autre bibine d'antan.

lundi 22 janvier 2018

FAN DE BINGBING

    Jésumarijosef, il y a peu je déshabillais mon Télérama hebdomadaire (oui, oui, je lui arrachais sa petite combinaison plastique) et que vis-je ? Un titre hallucinant :  Fan Bingbing !
    Mon cerveau ne fit qu'un tour : comment, Télérama, cette revue à la fois audacieuse et dans les clous, s'intéresserait-elle au sexe et aux amateurs de copulation ?! Encore que j'aurais mieux vu Fan  Craccrac, ou Fan Gangband pour les plus crapuleux.
    Et puis, soudain, un éclair de lucidité me fit abandonner ces raisonnements polissons : j'envisageai que ce titre en appelait aux supporters de Sheila.
    Saperlotte, dans un deuxième éclair, je me souvins que son tube s'appelait Bang Bang et non Bing Bing !
    C'est alors que, faisant preuve d'une présence d'esprit confondante, je m'avisai que la couverture présentait le minois de porcelaine d'une jeune asiatique et que le titre correspondait à son patronyme. Aussi, quand on est chinois, a-t-on idée d'un nom pareil, qui aurait mieux convenu à une chanteuse suédoise des années 80 !
    Ayant retrouvé toute mon acuité intellectuelle, je feuilletai, d'un doigt rapide et un tantinet concupiscent, les pages jusqu'à l'article désiré. Là, au bout de quelques lignes, nouvelle stupéfaction mâtinée d'hébétude ; que lus-je (dit-on aux sports d'hiver) me demanderez-vous ?
    La jeune Bingbing, à la peau lisse comme un urinoir suisse, enfonce toutes mes philosophes préférées : Paris Hilton, Nabilla, et surtout Kim Kardashian, ma référence absolue, celle dont je bois la moindre parole comme un jus de citron* bio. En effet, cette Mylène Farmer extrême-orientale, star du Cinecitta chinetoc, demande 100 000 euros à qui veut dîner à sa table !
    Allez vous rhabiller, bécasses siliconées, ex-présidents nécessiteux, stars du ballon rond gominées et autres foutriquets médiatiques ! Votre maîtresse est là. Personnellement, moi, torcheur de textes indignes, gagne-petit de l'écrit vain (300 euros de royalties pour 4 ans de boulot), je m'incline bassement. Trop forte, Bingbing...
    Allez, je prends mon morey et je me casse, amer en mer. DMOS

*Le citron, la tête quoi !

samedi 20 janvier 2018

PUB...ALGIE PERSISTANTE

    Si je devais donner une des caractéristiques du monde contemporain, ce serait l'épuisement. Car nous avons enfanté une société qui épuise toutes les ressources humaines : l'imagination, la patience, l'énergie, l'attention...
    Or la publicité est un des éléments qui contribuent à cet épuisement, par son omniprésence, sa puissance répétitive, son invasion des espaces, la niaiserie de beaucoup de ses contenus.
    Réellement, je serais étonné d'être seul à vomir la pub. Elle m'agresse parce que je dois la subir. D'autant que je sais qu'elle est une machine à nous faire prendre des vessies pour des lanternes : les produits matraqués ne sont pas forcément les meilleurs.
    Si je ne dresse pas un bouclier entre elle est moi, je finis la journée avec le cerveau comme du céleri rémoulade.
     L'utilisation de boules Quiès et de casques insonorisés n'est pas une solution.
     Une fois qu'on a éduqué ses yeux à éviter les panneaux de Decaux et consorts, il reste, arrivé au doux foyer, à trouver les chaînes, télé ou radio, vierges d'annonces mercantiles : ces îlots, où le naufragé de la cacophonie contemporaine retrouve des plages de calme, de respect et de silence, se réduisent comme peau de chagrin. Arte pour la télé, France Culture et France Musique pour les radios.
    Cependant, la bête pubienne -pas un morpion- n'est pas encore vaincue : profitant de notre faiblesse (envie de regarder un peu de sport, ou une petite daube américaine) la pub nous attaque sournoisement. Ce sont ces malheureux sportifs, badgés comme une valise en carton sur bras, tronc et jambes ; si c'était possible, on leur en mettrait sur le front, les dents, les oreilles, et les fesses, ce qui serait assez visuel chez les descendeurs à ski.
    Une fois que vous avez esquivé les pubs qui saucissonnent les films ( pour Cochonou ou le Bâton de berger...), vous n'êtes pas saufs pour autant.
    Il y a peu, cédant ignominieusement à l'envie de regarder un Barnaby, quelle ne fut pas ma rage de voir le haut de mon écran souillé par deux taches : sur la droite, le logo de la chaîne, C8 pour ne pas la nommer ; sur la gauche, le faciès de l'animateur de TPMP, émission que je m'enorgueillis de ne l'avoir jamais regardée, hormis au hasard d'un zapping !
    Je pense n'avoir jamais acheté un produit "vu à la télé", au contraire, et comme vous, je suppose, j'aimerais qu'on laisse mes yeux, mes oreilles et mon cerveau tranquilles. Contrairement à Pascal, le silence éternel des espaces infinis ne m'effraie pas.

mercredi 3 janvier 2018

LA PÊCHE AU CON

    Comme beaucoup de vilains garnements alermondialistes je scrute avec attention la décision de l'Europe quant à la pratique de la pêche électrique en mer...
    Le pillage par les chaluts géants étant lucratif, mais pas encore assez, cette technique a été testée disons... généreusement par des flottes d'Europe du Nord. D'ici la fin de ce mois de janvier nous saurons si elle est autorisée officiellement.
    Pour ma part, j'aimerais contribuer à l'effort de réflexion des instances européennes. En leur proposant d'autres types de pêche tout aussi efficaces, dans le désordre : on pourrait promener des mégapompes dans les océans pour aspirer tout ce qui y traîne, poissons, plancton, algues et crustacés, enfin tout ce qui fait qu'un homme normal n'a pas envie de s'y baigner.
    On pourrait également verser des citernes d'anesthésiant dans l'eau ce qui permettrait d'éponger les excédents des entreprises chimiques, assurerait des pêches fructueuses et, une fois les mers vidées, de les utiliser comme une sorte de gigantesque pisciculture.
    On pourrait enfin inventer un appeau à poissons, lequel, comme le sifflet avec les canards, convoquerait à notre gré bars, daurades et turbots, ce qui permettrait de congédier le menu fretin, lequel serait prié de repasser à sa maturité.
    Cette dernière technique a ma faveur parce qu'elle cueille la ressource dans la douceur.
    Ceci dit, nous pourrions capturer une autre espèce à l'électricité : je propose la pêche au con. Tous ces beaux poissons à cravate qui considèrent que les mers sont surpeuplées (ils ne doivent pas lire souvent les rapports sur l'état des stocks) qu'une petite décharge de 40 volts aiderait à visualiser les effets de l'électropêche... Malheureusement, comme leur viande est vite avariée, on ne peut envisager de la commercialiser. La pêche au con ne doit donc rester qu'un "loisir sportif". Le con blanc pourra être pêché sans quotas ; le con rouge, de plus en plus rare dans nos mers européennes, sera traité avec parcimonie. Avis aux gastronomes : le filet de con étant un peu sec, il est bon de le faire tremper dans l'oseille avant de le cuisiner.