Chers Nobés, je vais être honnête : j'envie mon ancêtre Cro-Magnon. Certes, quand, le matin, il posait son pied, fourré de toison d'auroch, hors de la grotte, il pouvait mesurer les aléas de la vie préhistorique : la concurrence déloyale d'autres tribus de chasseurs-cueilleurs, le mètre cinquante de neige tombé dans la nuit, la raréfaction hivernale du gibier, Cro-Magnonne qui râlait devant le garde-manger bientôt vide...
Mais, franchement, c'était le bon temps !
Les primitifs les plus astucieux -ou les plus chanceux, vivaient dans une région tempérée et consacraient, selon les calculs du fameux ethnologue Marshall Sahlins, trois heures à la quête de nourriture alors qu'un smicard doit travailler deux heures et demie pour s'acheter une côte de boeuf et pas loin d'un mois s'il veut siroter un Château Margaux.
Aujourd'hui ? Le matin, au bord du lit, en enfilant la charentaise (je ne tolèrerai aucun jeu de mots) les vicissitudes modernes s'abattent sur l'homme : dans la salle de bains, pas d'eau chaude (cumulus mort dans la nuit) ; dans les latrines, pas de PQ (et vous comprenez l'interrogation fondamentale de ce blog) ; dans la cuisine, plus de café, ou plus de confiture, ou plus de pain. C'est le début du calvaire, l'entame du golgotha, l'entrée du purgatoire, suivi du plat de résistance : la première douche de la matinée, l'aspersion médiatique. Télé, tablette, smartphone ou journal papier, pas une bonne nouvelle à se mettre sous la dent... La dernière turlupinerie du grand blond à la banane orange et au teint étrange (à moins que ce ne soit l'inverse) ; le dernier "running gag" du tsar kremlinois (qui est plus gremlins que kremlin's) : un éconduit qui trucide belle-maman (à la limite on comprend), femme, enfants, chien, voisins, facteur, avant de s'autocider ; un train qui déraille et qui ratatine x personnes ; un missile qui ne déraille pas et ratatine xxx personnes (pour le pays, vous avez l'embarras du choix) ; un fatigué du bulbe qui prédate sexuellement tout ce qui bouge ; une vague de licenciements dans le narcotrafic (signature de la lettre à l'aide d'un pistolet PSS2 -le silencieux au format de poche)...
Il y a des matins où je me demande pourquoi je me réveille. Ah, sortir de ma hutte, aux pieds mes charentaises en peau de mammouth, avec, pour seule préoccupation, de trouver un peu de bois sec, quelques baies et un lagopède roupillant sous les saules !
Ceci dit, finissons sur une note enjouée. Scrollant sans espoir de sourire, je suis tombé sur une photo de Veronika... Le vache des Alpes autrichiennes qui se gratte le dos avec un balai, comme une grande.
L'homme s'avachit, la vache progresse.
Allo! Non, mais allo, quoi !
P.S. : pour ceux qui ont la charentaise morose, je conseille mon article du 7/4/2017. Marcel Prou(s)t. Ils ne seront pas déçus.