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jeudi 26 février 2026

L'OEIL D'ANTAN

     Chers Nobés, maintenant que j'ai précisé notre condition de néo-béotiens, il est temps de vous donner du foin, mes agneaux... du grain, mes poulets... des granulés, mes lapins, enfin, c'est comme vous voulez.

    Comme le verrat se vautre dans sa bauge (de soue, cochon, en quelque sorte) et comme Aliboron se gratte aux arbres,  je m'esbaudis de me plonger en un sujet qui fait l'unanimité bêlante des statisticiens. Pour moi, c'est la délicieuse occasion de titiller les tenants des imprécations suivantes : on ne fornique plus comme avant, ma bonne dame ; réarmez la France nom de Dieu (... l'Italie, l'Allemagne, le Japon...) ; lapinez fissa, nous sommes en danger d'extinction !!!

    Bien que nous voguions paisiblement vers dix milliards d'homoncules humanoïdes (je ne peux rien pour les malvoyants qui pensent lire "oh mon cul, l'hémorroïde"), il se trouve quelques penseurs notoires pour nous alerter sur la disparition à venir de la race humaine (les insectes, oiseaux et mammifères, c'est une autre chanson). À ce propos, je vous conseille La fin de l'humanité de Christian Godin, que j'ai eu le front de lire intégralement.

    Ah, les bélitres, les pense-menu, les dolichocéphales ! M'enfin, ils vivent sur la planète Mars, ou quoi* ? Le surtourisme -simple incidente de la surpopulation- explose, le jour du dépassement avance inexorablement chaque année**, le sommet de l'Everest est une décharge à ciel ouvert, la guerre de l'eau a commencé. L'impact des Terriens sur leur planète est terrifiant... et ils trouvent que nous ne sommes pas assez !

    Moi qui assume ma qualité d'obtus congénital, je pose une question : en quoi le fait d'avoir quadruplé la population de la Terre en cent ans (c'est à dire un souffle à l'échelle du monde) nous a rendus plus heureux et meilleurs ?

    Je suis un amoureux incorrigible des paysages naturels, humbles ou sublimes, et je peux vous dire que je pleure quand je regarde des photos anciennes, des toiles impressionnistes ou des tableaux des peintres provençaux du 19ème siècle. Les vallons bucoliques, les bois ponctuant des champs de blés, ont fait place aux grands ensembles, aux zones artisanales (zones d'activités, technopoles, gènopoles, métropoles, mégapoles, décapoles, et vas-y popol !), tout ce fatras de hangars que je considère comme une fulgurante cacoscopie -j'ai dû commettre un article sur ce sujet, mais je ne sais plus son titre.

    Et quand, au milieu des Tousalons, Mammouth, Buffalo Grill et autre Foirfouille, je découvre un fragment miraculé de ce qui fut une jolie campagne, j'essaie d'imaginer le paysage d'autrefois. Ah, le joli crève coeur ! Sans m'enlever les progrès de la médecine et du confort domestique, rendez-moi les paysages dont nous avons commis l'holocauste et que nous continuons à assassiner allègrement. Que nous puissions écrire comme Victor Hugo et Paul Arène...

    "Le golfe Juan est une petite baie mélancolique et charmante, abritée à l'est par le cap d'Antibes dont le phare et la vieille église font une assez belle masse à l'horizon, à l'ouest par le cap de la Croisette chargé à sa pointe d'une vieille forteresse écroulée qui se mêle aux rochers. Un demi-cercle de hautes croupes vertes entoure le golfe et le ferme aux vents de terre. Je me suis arrêté, et j'ai contemplé cette mer qui vient mourir doucement au fond de la baie sur un lit de sable au pied des oliviers et des mûriers..." Victor Hugo, Carnets de voyage

    "... Blanquet [l'âne de Jean-des-Figues], mis en joie par l'odeur du vert, était pour le moins aussi gai qu'au départ, en parcourant cette Ile-de-France si mouillée, et les mignons paysages des environs de Paris." Paul Arène, Jean-des-Figues 

    On croit rêver.

 

*...ou quoi ? J'ai l'impression d'écrire comme Nabilla, ma philosophe préférée. Allo! Non, mais allo, quoi !

**Au bout du dépassement, il y a l'effondrement : relire l'incontournable Les limites à la croissance de D. et D. Meadows.

 

 

 

 

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